dimanche 31 janvier 2010

Comment faire passer un camp de réfugiés pour un festival de musiques du cybermonde ?

C'est inévitable, chacun d'entre vous y passera un jour : vous venez de décider quelle basse peuplade vous allez prendre à parti, vous tuez les chefs, emprisonnez les mâles, et paf. Il vous reste une tonne d'enfants et de femmes sur les bras, inutiles au possible mais que vous ne pouvez pas tuer parce que vous n'avez plus assez de terre dans laquelle creuser des fosses communes. Devant l'absence d'autre solutions plus ou moins finales, vous êtes contraints à créer un camp de réfugiés (ou "Installation temporaire d'hygiène pour les citoyens en transit", comme on l'appelle officiellement). C'est une situation qui revient tout le temps, tout le monde y est confrontés, et beaucoup s'en embarrassent. C'est moche, ça pue, ça prend de la place, ça attire la presse, bref, ça fait tâche et les gens commencent à poser des questions. Le plus simple, c'est de faire passer ça pour un festival de musiques du cybermonde.

Les tentes, la boue, les enfants sales, les visages tristes : tous ces attributs sont des points communs entre un camp de réfugiés et un festival. La première chose à faire, c'est d'en faire la publicité. Comme on ne cache jamais si bien quelque chose que devant les yeux, il faut avertir la population locale qu'un tel festival est programmé, et qu'ils y sont tous invités. Avec un peu de chance vous attirerez même les hippies et les musiciens, déchets de la civilisations, qui sont au gouvernement autoritaire ce que sont les charançons à un majestueux navire. Bref, des pestes. Donc, tout benef'. Affichez des posters, faites passer des publicités à la radio d'état, etc. Bref, assumez pleinement le déplacement de la population.

La seconde chose à laquelle penser, c'est d'engager des musiciens. Pas trop vite, malheureux : n'allez pas dépenser des fortunes. Il se trouvent sûrement dans vos geôles des tas et des tas d'opposants politiques doués en pipeau. Moins que vous, certes, mais vous pouvez bien plus facilement les y envoyer. Une ou deux menace de mort et de torture sur la famille d'un opposant, et il apprend le violon en bien moins de temps que la moyenne. Disséminez des groupes de musiciens hétéroclites (un voleur de pomme contrebassiste s'allie par exemple magnifiquement avec un clarinettiste démocrate), et faites leur jouer du mieux qu'il peuvent. En général, c'est nul, c'est moche, c'est inécoutable : tant mieux. Cela vous procurera le plaisir d'abuser des oreilles de vos déplacés tout en apportant la fonctionnalité de la ressemblance à un vrai festival. Faire d'une pierre deux coups, c'est un peu notre B.A. BA.

Une fois les musiciens et les hippies sur place, vous pouvez envoyer la presse. Encore une fois, pas trop vite ! N'envoyez pas n'importe quelle presse, n'envoyez que la votre. Votre radio, votre télévision, vos journaux (pas le Bulletin des Élites parce qu'ici on n'en a vraiment rien à foutre d'un festival de musiques du cybermonde), bref, ne laissez pas n'importe qui rentrer. Sauf peut être un ou deux journalistes fétiches dont vous aurez vérifié le background et emprisonné la femme histoire d'avoir un moyen de pression conséquent en cas d'article qui ne serait pas à 100% positif. Il ne reste plus qu'a affirmer que le festival est un grand succès, à le comparer en riant aux autres festivals des autres nations du cybermonde, et à annoncer que les festivaliers se sont tellement amusés qu'ils vont rester encore un peu de temps.



Et dire qu'il y en a qui payent pour le camping !

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