
Les feuilles chantaient dans le vent et les oiseaux dans les arbres, et le soleil léchait d'un rayon amical le chien qui lui aussi, léchait le chien. Mais pas d'un rayon amical. C'était une belle matinée, idéale pour placer sa botte sur la figure d'un militant de bonne humeur qui au fond, n'avait rien demandé d'autre que de servir de mannequin pour la démonstration magistrale du professeur Boquet. C'était une belle matinée, idéale pour admirer pleurer un serveur du bar de l'école qui aurait osé demander au professeur Edmond-Philogène de quelle couleur il voulait la petite ombrelle qui allait allègrement rafraîchir son cocktail du matin*. Bref vous l'avez compris, c'était une matinée idéale.
Enfin, pour les professeurs.
Les élèves, eux, sont arrivés avec le Manuel de l'Autocratie en 18 tomes écrit par le brillant Franck Mysti dans les mains, des chaussures de sport et leurs têtes vides, à 5h30 du matin. Après une sélection arbitraire à l'entrée et 4 heures de course de fond durant lesquelles ont été éliminés directement ceux qui ont eu la bêtise de courir au lieu de soudoyer le surveillant, le petit déjeuner était servi à la cantine du campus, sous la supervision de moi même, Horace-Firmin. Au menu, un haricot vert assaisonné d'un joint de culasse en sauce. A 10 heures, les élèves survivants ont été conviés au discours de bienvenue, donné par le Directeur Boquet, qui a obtenu son diplôme de Népotisme et d'Autocratie appliqué avec la mention "Adéquat", la plus haute mention possible à l'ENA (suivent "Misérable" et "Survivant").
Après avoir disposé des cadavres des étudiants s'étant endormis pendant les 8 heures 17 du discours du Directeur, ainsi que de ceux s'étant arrêté d'applaudir les premiers, il était temps d'aller choisir son matériel de cours pour l'année qui allait débuter. Chaque étudiant avait pour tâche de trouver un immigrant travaillant illégalement dans la ville de Lampe du Génie, de s'en faire un ami, de rencontrer sa famille, et d'ensuite le tuer devant les yeux de ses enfants pour les cours d'anatomie du professeur Tilic. En plus d'un cadavre, les élèves se sont vus assigner un serviteur qu'ils ont du réduire en esclavage afin de les aider à faire leurs devoirs.
Le matériel en main, s'en suivait une rencontre avec madame Boquet, auditrice en chef à l'ENA, qui s'est fait un plaisir de jeter dehors les entrants n'étant pas issus de la noblesse ou héritiers d'une grande corporation, ainsi que les jeunes demoiselles qui n'avaient pas les qualifications suffisantes pour se trouver dans le futur un mari suffisamment puissant. Les élèves restant devaient ensuite passer au secrétariat, ou le trésorier administratif Sippi s'est fait un plaisir de leur faire signer un contrat au montant exorbitant pendant qu'il leur faisait les poches. Une signature et une allégeance prouvée par le sang plus tard, à 22h34 exactement, la journée s'achevait.
Le corps étudiant, réduit de 97% - pardon, 98% après qu'Inori eut, au dernier moment, repéré quelques membres prêts à rejoindre un syndicat, et qu'une ombre eut donné une crise cardiaque à d'autres - n'avait plus qu'a échapper à une foule hostile remontée contre eux par un discours éloquent d'Edmond-Philogène (hélicoptères autorisés) pour rentrer chez eux et trouver le sommeil.
Jusqu'au lendemain matin, bien sur.
*Fuchsia, évidement.
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